# Maîtriser l’écriture comptable des stocks de marchandises
La gestion comptable des stocks de marchandises représente un enjeu majeur pour toute entreprise commerciale. Cette opération, qui peut paraître technique au premier abord, conditionne directement la fiabilité de vos états financiers et l’exactitude de votre résultat comptable. Chaque année, des milliers d’entreprises françaises font face à des redressements fiscaux liés à une mauvaise valorisation ou une comptabilisation erronée de leurs stocks. Les mécanismes d’entrée et de sortie, les ajustements d’inventaire et les écritures de variation constituent des points de vigilance essentiels pour garantir une comptabilité conforme aux normes du Plan Comptable Général. Que vous soyez commerçant, gestionnaire de stock ou professionnel comptable, une maîtrise approfondie de ces écritures vous permettra d’optimiser votre gestion financière et de sécuriser vos déclarations fiscales.
## Les principes fondamentaux de la comptabilisation des stocks selon le PCG
Le Plan Comptable Général français encadre de manière précise la comptabilisation des stocks de marchandises. Ces règles, issues de l’article 321-1 du PCG, visent à garantir une image fidèle du patrimoine de l’entreprise à la date de clôture. La comptabilisation doit respecter plusieurs principes cardinaux : le principe de prudence, qui impose de constater les dépréciations dès qu’elles sont probables, le principe de permanence des méthodes, qui exige une cohérence dans le temps des modalités d’évaluation, et le principe d’indépendance des exercices, qui nécessite de rattacher chaque charge et chaque produit à l’exercice concerné. Ces fondements déterminent l’ensemble des écritures comptables que vous devrez passer tout au long de l’année.
La notion de stocks de marchandises recouvre l’ensemble des biens acquis par l’entreprise dans le but d’être revendus en l’état, sans transformation. Cette définition les distingue fondamentalement des matières premières, destinées à être incorporées dans un processus de production, ou des produits finis, issus de la fabrication interne. Cette distinction n’est pas qu’académique : elle détermine les comptes à utiliser et influence directement le calcul de votre marge commerciale. En 2024, selon les données de l’Ordre des Experts-Comptables, près de 68% des entreprises commerciales françaises gèrent activement des stocks de marchandises, ce qui souligne l’importance d’une comptabilisation rigoureuse.
### Distinction entre stocks de marchandises et autres catégories d’inventaire
Comprendre les différences entre les catégories de stocks constitue la première étape vers une comptabilisation correcte. Les stocks de marchandises, enregistrés dans les comptes de la classe 37, concernent exclusivement les biens destinés à la revente sans modification. À l’inverse, les matières premières (compte 31) et les autres approvisionnements (compte 32) sont destinés à être consommés dans le processus de production. Les produits finis (compte 35) représentent quant à eux le résultat de votre activité de fabrication. Cette classification n’est pas qu’une subtilité comptable : elle impacte directement vos marges, votre fiscalité et vos indicateurs de performance.
Pour illustrer cette distinction, prenez l’exemple d’une entreprise de distribution alimentaire. Les produits qu’elle achète pour les revendre constituent des marchandises. Si cette même entreprise décidait de transformer ces produits avant la vente, ils deviendraient des matières premières. Cette nuance détermine les comptes de charges à utiliser : le compte 607 « Achats de marchandises » pour le premier cas, le compte 601 « Achats de matières premières » pour le second. La confusion entre
la nature du stock conduit à des erreurs fréquentes : activation en 37 au lieu de 31, utilisation du mauvais compte de variation (6031 au lieu de 6037, ou inversement), ou encore confusion avec les comptes de produits finis (35 / 7135). Vous l’aurez compris : avant même de parler d’écriture comptable des stocks de marchandises, il est indispensable de bien qualifier ce que vous stockez réellement.
Application de l’article 321-1 du plan comptable général aux stocks
L’article 321-1 du Plan Comptable Général pose le cadre général de l’évaluation des immobilisations et des stocks. Appliqué aux stocks de marchandises, il impose de les comptabiliser au coût d’acquisition, c’est-à-dire au montant réellement supporté par l’entreprise pour les obtenir et les amener à l’endroit et dans l’état où elles se trouvent à la date de clôture. Concrètement, cela signifie que vous ne pouvez pas valoriser vos marchandises à leur prix de vente, même si vous les connaissez déjà, mais bien à leur coût d’achat hors taxes récupérables, augmenté de certains frais annexes.
L’article 321-1 rappelle également le principe de coût historique : les stocks doivent être enregistrés à leur coût d’origine, sans réévaluation libre, sauf disposition spécifique. En cas de dépréciation (obsolescence, baisse de prix du marché, détérioration), il ne s’agit pas de modifier le coût d’acquisition comptable, mais de constater une provision pour dépréciation en compte 39, conformément au principe de prudence. Vous voyez ici comment les règles du PCG interagissent : coût historique à l’entrée, prudence à la clôture, permanence des méthodes d’une année sur l’autre.
Enfin, l’article 321-1 renvoie implicitement aux méthodes de valorisation autorisées pour les sorties de stocks (CUMP, PEPS/FIFO, etc.). L’entreprise doit choisir une méthode adaptée à son activité, la documenter et surtout la conserver dans le temps, sauf changement exceptionnel dûment justifié. Un changement annuel de méthode pour “lisser” son résultat serait contraire au principe de permanence des méthodes et pourrait être contesté lors d’un contrôle fiscal.
Méthodes d’évaluation : CUMP et PEPS dans le contexte français
En pratique, deux grandes méthodes d’évaluation des stocks de marchandises dominent en France : le CUMP (Coût Unitaire Moyen Pondéré) et le PEPS (Premier Entré, Premier Sorti – FIFO). La méthode du CUMP consiste à recalculer régulièrement un coût moyen de la marchandise en divisant la valeur totale du stock par la quantité totale en stock. Cette approche lisse les fluctuations de prix d’achat et convient particulièrement aux entreprises qui achètent fréquemment des marchandises similaires à des coûts variables (distribution, e‑commerce, négoce).
La méthode PEPS, elle, suppose que les premières marchandises entrées sont les premières sorties. Comptablement, les sorties de stock sont donc valorisées au coût des lots les plus anciens. Cette méthode se rapproche souvent de la réalité physique pour des produits périssables ou soumis à une forte rotation (alimentaire, pharmacie), mais elle est plus exigeante en termes de suivi des lots. En revanche, la méthode LIFO (Dernier Entré, Premier Sorti) est interdite par le PCG et par les normes IFRS : vous ne pouvez donc pas l’utiliser pour vos comptes sociaux en France.
Quelle méthode privilégier pour la comptabilisation des stocks de marchandises ? Pour une PME ou une TPE qui ne dispose pas d’un logiciel de gestion avancé, le CUMP périodique (calculé à la fin du mois ou de l’exercice) est généralement le plus simple à mettre en œuvre. Les ERP et logiciels de gestion de stocks modernes permettent, eux, de gérer du PEPS beaucoup plus facilement, avec un suivi par lots ou par numéros de série. Dans tous les cas, la méthode choisie impacte directement la valorisation du coût d’achat des marchandises vendues et donc votre marge commerciale.
La notion de coût d’acquisition et ses composantes obligatoires
Le coût d’acquisition des stocks de marchandises ne se limite pas au prix figurant sur la facture fournisseur. Selon le PCG, il comprend le prix d’achat net (remises, rabais et escomptes de règlement obtenus déduits), les droits de douane, les frais de transport, de manutention et d’assurance directement attribuables à l’acheminement des marchandises jusqu’à leur lieu de stockage. À l’inverse, les frais administratifs généraux, les frais commerciaux, ou encore les coûts de stockage à long terme ne doivent pas être intégrés au coût d’acquisition, sauf cas spécifiques.
Vous devez donc vous poser une question simple à chaque dépense liée à un achat de marchandises : ce coût est‑il directement attribuable à l’obtention de ces marchandises ou à leur mise en état de vente ? Si oui, il entre dans le coût d’acquisition. Par exemple, les frais de transport facturés par votre fournisseur peuvent être ajoutés au coût d’achat et intégrés en stock ; à l’inverse, une facture d’agence de communication pour promouvoir vos produits n’a pas sa place dans le coût d’acquisition des stocks.
Cette distinction n’est pas anodine : une mauvaise ventilation des frais annexes peut fausser la valorisation de vos stocks, gonfler artificiellement votre marge ou au contraire la minorer. À grande échelle, l’impact sur votre résultat comptable et sur votre base imposable peut être significatif. Une bonne pratique consiste à définir, dans votre procédure interne, une liste précise des frais inclus et exclus du coût d’acquisition, afin d’assurer une application homogène par l’équipe comptable tout au long de l’exercice.
Écritures comptables d’entrée en stock : acquisition et réception
Comptabilisation initiale par le débit du compte 37 « stocks de marchandises »
Dans la plupart des entreprises françaises, les achats de marchandises sont d’abord comptabilisés en charges au compte 607 - Achats de marchandises, au fur et à mesure de la réception des factures. Les comptes de stocks de la classe 3 ne sont mis à jour qu’à la clôture (méthode dite de l’inventaire intermittent). Cependant, certaines structures, notamment celles fortement orientées stock, appliquent un inventaire permanent et passent des écritures d’entrée en stock dès la réception des marchandises.
Dans ce second cas, lors de l’entrée en stock, vous débitez le compte 37 - Stocks de marchandises pour le coût d’acquisition hors taxes récupérables et vous créditez soit un compte de tiers 401 - Fournisseurs si la facture est enregistrée simultanément, soit un compte transitoire (compte d’attente ou facture non parvenue) en cas de décalage. L’effet de cette écriture est clair : vous faites apparaître immédiatement la valeur de votre stock de marchandises à l’actif du bilan, sans augmenter les charges de l’exercice tant que les marchandises ne sont pas vendues.
Pour la majorité des TPE/PME qui utilisent l’inventaire intermittent, l’écriture comptable des stocks de marchandises intervient plutôt en fin d’exercice : on constate alors globalement la valeur du stock final par le débit du compte 37 et le crédit du compte 6037 - Variation de stocks de marchandises. Nous reviendrons en détail sur ces écritures de fin d’année, mais gardez en tête cette logique : débit de 37 pour faire entrer le stock au bilan, crédit de 6037 pour corriger les charges de l’exercice.
Traitement des frais accessoires d’achat et ports
Les frais accessoires d’achat – transport, assurance, manutention – posent une question récurrente : faut‑il les passer en charges immédiates ou les intégrer au coût d’acquisition des marchandises stockées ? Le PCG autorise les deux approches, à condition qu’elles soient cohérentes et documentées. D’un point de vue économique, les intégrer au coût d’acquisition permet de mieux refléter le coût réel des marchandises et donc d’affiner la marge commerciale. D’un point de vue pratique, beaucoup de petites structures préfèrent néanmoins les comptabiliser en charges (compte 624, par exemple), pour simplifier la gestion.
Si vous choisissez de les intégrer au stock, les frais de port liés à un achat de marchandises pourront, par exemple, être ventilés entre les différents lots reçus et ajoutés à leur valeur en compte 37. C’est un peu comme répartir le coût du transport d’un camion entre toutes les palettes qu’il contient : chacune supporte une fraction du coût global. Cette méthode est particulièrement pertinente lorsque le poste « transport » est significatif dans votre structure de coûts (importateurs, e‑commerçants avec flux internationaux, etc.).
Dans le cas inverse, si vous décidez de comptabiliser ces frais accessoires en charges, l’écriture comptable des stocks de marchandises ne les prendra pas en compte dans la valeur du 37. Ils viendront alors impacter directement votre résultat de l’exercice en tant que charges externes. L’essentiel est de ne pas changer de politique d’une année sur l’autre sans raison solide, au risque de rendre vos comptes comparatifs difficiles à analyser – et de susciter des questions lors d’un contrôle ou d’un audit.
Gestion des escomptes de règlement et rabais commerciaux
Les rabais, remises et ristournes (les fameux RRR) accordés par le fournisseur viennent diminuer le coût d’acquisition des marchandises. Ils sont généralement déduits directement du montant d’achat et imputés au crédit du compte 607. À la clôture, le stock de marchandises en compte 37 est donc déjà valorisé sur la base d’un coûts net des RRR. L’analogie la plus simple : vous n’allez pas valoriser vos stocks au prix catalogue si vous bénéficiez systématiquement de 10 % de remise, sous peine de surévaluer votre patrimoine.
Les escomptes de règlement, eux, sont un peu différents. Ils sont liés aux conditions de paiement et non au prix d’achat lui‑même. Le PCG prévoit qu’ils soient comptabilisés en produits financiers (compte 765) pour l’acheteur qui bénéficie de l’escompte. En pratique, cela signifie que l’escompte n’est pas intégré au coût d’acquisition des marchandises et ne vient donc pas diminuer la valeur des stocks de marchandises en compte 37. Vous améliorez votre résultat via un produit financier, mais la valorisation des stocks reste fixée sur la base du prix d’achat hors escompte.
Cette distinction est importante lorsque vous analysez la rentabilité globale de vos achats. Une entreprise qui négocie d’excellents escomptes de règlement verra une partie de sa performance se refléter en produits financiers, et non dans la marge commerciale pure. Lors de l’analyse de vos comptes, pensez donc à regarder au‑delà du seul couple 707/607 et à intégrer ces éléments dans votre lecture de la performance d’achat.
Enregistrement de la TVA déductible sur achats de marchandises
La TVA déductible sur achats de marchandises est, par construction, exclue du coût d’acquisition des stocks, dès lors que l’entreprise est assujettie et récupère cette TVA. Concrètement, l’écriture d’achat enregistre au débit le compte 607 pour le montant hors taxe et le compte 44566 - TVA déductible sur autres biens et services pour le montant de la TVA, avec au crédit le compte 401 Fournisseurs pour le total TTC. Les écritures de stock (débit 37 / crédit 6037 à la clôture) se basent donc exclusivement sur les montants hors taxes récupérables.
Dans les secteurs non assujettis ou partiellement assujettis (certaines professions médicales, associations, organismes financiers), la TVA non récupérable fait partie intégrante du coût d’acquisition des marchandises. Elle est alors intégrée dans le compte 607 et, par ricochet, dans la valeur du stock de marchandises au compte 37. Cette particularité peut créer un écart significatif de valorisation entre deux entreprises achetant les mêmes produits, selon leur régime de TVA.
Vous devez donc être particulièrement vigilant à la cohérence entre votre traitement de TVA et vos écritures comptables de stocks. Une erreur de ventilation (par exemple, comptabiliser de la TVA récupérable dans le coût d’achat) se traduira mécaniquement par une surévaluation durable de votre stock de marchandises, et donc par un résultat artificiellement gonflé. À l’inverse, oublier de comptabiliser une TVA non récupérable dans le coût d’acquisition minorerait votre stock et votre actif, ce qui fausserait aussi l’image fidèle de vos états financiers.
Écritures de sortie de stock : ventes et consommation
Débit du compte 707 « ventes de marchandises » lors de la facturation
Lors de la vente de marchandises, la première écriture enregistrée concerne la facturation, et non encore le stock. Vous débitez le compte 411 - Clients pour le montant TTC de la facture, vous créditez le compte 707 - Ventes de marchandises pour le montant hors taxe, et le compte 44571 - TVA collectée pour le montant de TVA. Cette écriture reflète la naissance d’un produit (la vente) et d’une créance sur le client, mais ne dit rien, à ce stade, de la sortie des marchandises du stock.
En inventaire intermittent, c’est seulement en fin d’exercice, lors du calcul de la variation de stock, que la consommation réelle des marchandises sera reflétée dans les charges (via le couple 607 / 6037). Entre‑temps, toutes les marchandises achetées ont été enregistrées au débit du compte 607, comme si elles avaient été consommées immédiatement. L’écriture de vente en 707 vient donc créer le chiffre d’affaires, tandis que l’écriture comptable des stocks de marchandises de fin d’année vient ajuster le coût d’achat des marchandises vendues.
En inventaire permanent, la logique est plus proche de la réalité physique : au moment de chaque vente, une écriture de sortie de stock est passée pour constater le coût d’achat des marchandises vendues. Dans ce schéma, la marge commerciale brute est connue en temps réel, car la charge correspondant au coût d’achat sort en même temps que le produit de vente. Cette méthode demande cependant un suivi précis des quantités et des coûts unitaires.
Constatation du coût d’achat des marchandises vendues en compte 607
Le compte 607 - Achats de marchandises a une vocation particulière : il enregistre les achats de l’exercice, mais, après prise en compte de la variation de stock, il reflète en réalité le coût d’achat des marchandises vendues. L’analogie avec un réservoir est parlante : vous remplissez le 607 avec vos achats, vous ajoutez le stock initial et vous retirez le stock final. Ce qui reste correspond exactement aux marchandises qui ont été « consommées » au sens économique, c’est-à-dire vendues ou détruites pendant l’exercice.
Dans un système d’inventaire permanent, chaque sortie de stock liée à une vente peut être enregistrée par une écriture du type : débit du compte 607 pour le coût d’achat de la marchandise vendue, crédit du compte 37 pour la même valeur. Vous rattachez ainsi la charge à la vente correspondante, ce qui facilite le pilotage de la marge par produit, par client ou par canal de distribution. En fin d’année, le compte 607 présente alors déjà, sans ajustement majeur, le coût d’achat des marchandises effectivement vendues.
En inventaire intermittent, vous ne passez pas ces écritures au fil de l’eau. C’est la variation de stock constatée en compte 6037 à la clôture qui permettra de corriger le solde du compte 607 pour le ramener au bon niveau de consommation. D’où l’intérêt de comprendre finement la mécanique 607 / 6037 / 37 : elle conditionne la qualité de votre analyse de marge et, in fine, la crédibilité de vos comptes.
Annulation des stocks par le crédit du compte 6037
Le compte 6037 - Variation de stocks de marchandises joue un rôle pivot dans l’écriture comptable des stocks de marchandises. En inventaire intermittent, il sert à annuler le stock initial et à constater le stock final. Techniquement, en début d’exercice (ou au moment de la clôture selon les pratiques), vous créditez le compte 37 pour annuler le stock initial et débitez le compte 6037. En fin d’exercice, vous débitez le compte 37 pour constater le stock final et créditez le compte 6037.
Au final, le solde du 6037 correspond exactement à la variation de stock : stock final – stock initial. S’il est créditeur, cela signifie que le stock a augmenté (les charges sont diminuées, ce qui augmente le résultat) ; s’il est débiteur, le stock a diminué (les charges augmentent, le résultat baisse). C’est l’application comptable de la formule bien connue : Consommation de marchandises = Achats + Stock initial – Stock final.
Ce mécanisme peut sembler abstrait au début, mais pensez‑le comme un “correcteur” automatique : le 6037 vient ajuster le 607 pour que seules les marchandises réellement consommées pendant l’exercice restent en charges. C’est pourquoi vous verrez parfois un compte de charge à solde créditeur lorsque le stock augmente : c’est le signe que vos achats ont été plus importants que vos ventes sur la période, et que la différence est venue grossir vos stocks de marchandises.
Inventaire physique et ajustements comptables de fin d’exercice
Méthodologie de l’inventaire intermittent et permanent
L’inventaire physique des stocks de marchandises est une obligation légale au moins une fois par an, à la date de clôture ou à une date rapprochée. En inventaire intermittent, vous ne suivez pas les stocks au quotidien dans la comptabilité ; vous les ajustez globalement à la clôture, à partir du comptage physique. Tout au long de l’année, seuls les comptes de charges (607) et de ventes (707) « vivent », puis l’inventaire vient rétablir l’image fidèle à la fin de l’exercice.
En inventaire permanent, à l’inverse, chaque entrée et chaque sortie de marchandises est enregistrée en compte 37. Le stock comptable est donc mis à jour en temps réel, ce qui permet un pilotage plus fin des niveaux de stock et de la marge. L’inventaire physique annuel reste toutefois indispensable : il sert à vérifier et ajuster le stock comptable en cas d’écarts (casse, vol, erreurs de saisie). Vous pouvez voir l’inventaire physique comme un “reset” annuel qui aligne la réalité terrain avec les chiffres de la comptabilité.
Quelle méthode choisir ? Pour une petite structure avec un nombre limité de références, l’inventaire intermittent est souvent suffisant et plus simple à gérer. Dès que les flux deviennent importants, que la rotation est rapide ou que la valeur média des stocks est élevée, l’inventaire permanent couplé à un logiciel de gestion de stock devient un vrai atout, tant pour la gestion opérationnelle que pour la fiabilité de l’écriture comptable des stocks de marchandises.
Calcul et comptabilisation des variations de stock
Le calcul de la variation de stock est arithmétiquement simple : Stock final – Stock initial. Mais il a des implications directes sur votre résultat. Si le stock final de marchandises est supérieur au stock initial, la variation est positive : les charges de l’exercice sont diminuées via un crédit du compte 6037, ce qui augmente le résultat. À l’inverse, si le stock a diminué, la variation est négative et le solde du 6037 devient débiteur, augmentant les charges et réduisant le résultat.
La comptabilisation se fait généralement en deux temps à la clôture :
- Annulation du stock initial : débit 6037 / crédit 37 pour le montant du stock d’ouverture.
- Constatation du stock final : débit 37 / crédit 6037 pour le montant du stock de clôture.
Le solde du compte 37 correspond alors à la valeur du stock final qui figurera à l’actif du bilan, et le solde du 6037 à la variation de stock qui impactera le compte de résultat. En pratique, certains logiciels et cabinets regroupent ces deux écritures en une seule, mais il est pédagogiquement utile de les distinguer, surtout lorsqu’on débute ou lorsqu’on doit expliquer la mécanique à un dirigeant non comptable.
Écritures de régularisation : stock initial versus stock final
Les écritures de régularisation des stocks ont pour objectif de « nettoyer » le bilan du stock de l’exercice précédent pour y faire figurer uniquement la valeur des stocks à la date de clôture actuelle. Le stock initial est en effet le stock final de l’exercice précédent, déjà constaté en compte 37 et qui doit être annulé pour que le nouveau stock final puisse prendre sa place. Sans cette annulation, vous auriez un double comptage et une surévaluation de votre actif.
Techniquement, l’écriture d’annulation du stock initial se traduit par un crédit du compte 37 (qui remet son solde à zéro) et un débit du compte 6037 (qui augmente les charges de l’exercice). L’écriture de constatation du stock final fait l’inverse : débit du 37 (création du nouveau stock à l’actif) et crédit du 6037 (diminution des charges). La combinaison des deux donne la variation nette de stock.
Dans la première année d’activité d’une entreprise, il n’y a pas de stock initial à annuler (sauf apport en nature au démarrage). Seule l’écriture de constatation du stock final est passée. À partir de la deuxième année, le cycle complet se met en place : annulation du stock d’ouverture, constatation du stock de clôture, calcul automatique de la variation. Comprendre ce cycle est essentiel pour analyser l’évolution de votre marge d’un exercice à l’autre et identifier rapidement d’éventuels problèmes de gestion de stock (surstockage, ruptures, obsolescence).
Traitement des écarts d’inventaire et pertes constatées
Lors de l’inventaire physique, il n’est pas rare de constater des écarts entre les quantités théoriques issues de la comptabilité ou du logiciel de stock et les quantités réellement présentes. Ces écarts peuvent être dus à des vols, des casses, des erreurs de préparation de commande, des pertes au magasin ou simplement des erreurs de saisie. Comment les traiter comptablement ? L’idée est de rapprocher le stock comptable de la réalité physique, tout en expliquant la différence via des charges ou des produits exceptionnels ou d’exploitation.
En pratique, si le stock physique est inférieur au stock comptable, il faut constater une sortie de stock non liée à une vente. On crédite le compte 37 pour diminuer la valeur du stock et on débite un compte de charges, souvent en 607 (coût d’achat des marchandises manquantes) ou un compte spécifique de pertes sur stocks. Si le stock physique est supérieur au stock comptable (cas plus rare, souvent lié à des erreurs de saisie ou des livraisons non enregistrées), on débite le compte 37 et on crédite un compte de produit (par exemple, un compte de produits divers), après avoir vérifié qu’il ne s’agit pas simplement d’une erreur de comptage.
Pour les pertes normales (évaporation, casse inévitable, déchets liés au process), il est souvent pertinent de les suivre dans des comptes de charges d’exploitation distincts, afin de mesurer leur poids dans la marge. Les pertes anormales, elles, peuvent être ventilées en charges exceptionnelles. La clé, pour rester conforme au principe d’image fidèle, est de documenter ces écarts : fiches d’incident, rapports d’inventaire, procédures internes. Cela facilitera grandement vos échanges avec votre expert‑comptable ou avec l’administration fiscale en cas de contrôle.
Provision pour dépréciation des stocks selon l’article 214-17
L’article 214-17 du PCG encadre la comptabilisation des dépréciations de stocks. Lorsque la valeur nette de réalisation d’un stock de marchandises (c’est-à-dire le prix de vente probable diminué des coûts à engager pour la vente) devient inférieure à son coût d’acquisition, vous devez constater une dépréciation. C’est typiquement le cas pour des produits obsolètes, périmés, endommagés ou devenus invendables aux conditions normales du marché.
Comptablement, la dépréciation des stocks de marchandises se traduit par le débit du compte 68173 - Dotations aux dépréciations des stocks et en-cours et le crédit du compte 39 - Provisions pour dépréciation des stocks, ventilé par nature (par exemple 397 pour les marchandises). Cette provision vient en diminution de la valeur brute du stock au bilan, sans modifier le coût d’acquisition enregistré en compte 37. Elle impacte le résultat de l’exercice via une charge, conformément au principe de prudence.
Si, ultérieurement, la cause de la dépréciation disparaît (hausse des prix de vente, remise en état, revalorisation du marché), la provision doit être reprise partiellement ou totalement. On débite alors le compte 39 pour le montant de la reprise et on crédite le compte 78173 - Reprises sur provisions pour dépréciation des stocks et en-cours. Cette écriture augmente le résultat de l’exercice, sans toutefois dépasser le montant de la dépréciation initialement comptabilisée. Là encore, une bonne documentation (listing des références dépréciées, justifications commerciales) sera un atout en cas de contrôle.
Cas particuliers et situations complexes de comptabilisation
Marchandises en consignation et dépôt-vente
Les marchandises reçues en consignation ou en dépôt‑vente constituent un cas sensible pour l’écriture comptable des stocks de marchandises. En effet, tant que la propriété juridique des biens n’est pas transférée à votre entreprise, ces marchandises ne doivent pas être comptabilisées en compte 37. Elles restent la propriété du fournisseur et ne figurent pas dans votre bilan, même si elles sont physiquement présentes dans vos locaux. En pratique, on les suit dans des comptes de hors‑bilan ou dans des inventaires extra‑comptables.
Lorsque vous vendez une marchandise en dépôt‑vente, vous comptabilisez uniquement la commission ou la marge qui vous revient, selon les termes du contrat : la vente principale est enregistrée par le propriétaire initial. À l’inverse, si c’est vous qui confiez des marchandises à un dépôt‑vendeur, elles restent inscrites en stock dans vos comptes (compte 37) tant que la propriété ne change pas de main. Vous pouvez, pour des raisons de suivi interne, distinguer ces marchandises via des sous‑comptes ou des champs spécifiques dans votre logiciel de gestion.
Pour éviter toute confusion lors des inventaires, il est essentiel de bien identifier physiquement les marchandises en consignation et celles vous appartenant. Un marquage, une zone de stockage dédiée ou une codification spécifique dans votre système d’information vous évitera de comptabiliser par erreur en 37 des biens qui ne sont pas les vôtres – erreur qui conduirait à surévaluer votre actif et votre résultat.
Stocks en transit et transfert de propriété
Les stocks en transit correspondent aux marchandises qui ont quitté les locaux du fournisseur mais ne sont pas encore arrivées chez vous à la date de clôture. Faut‑il les inclure dans votre stock de marchandises ? La réponse dépend du transfert de propriété, souvent défini dans les conditions générales de vente (Incoterms, par exemple). Si la propriété est transférée au moment du départ des marchandises (“ex‑works”, FOB, etc.), ces biens vous appartiennent déjà à la clôture, même s’ils sont encore physiquement en route.
Dans ce cas, vous devez les intégrer dans votre stock de marchandises, en les valorisant en compte 37, éventuellement via un compte de “marchandises en cours d’acheminement” ou un sous‑compte dédié. En contrepartie, si la facture n’est pas encore parvenue, vous utiliserez un compte de factures non parvenues (FNP) ou un compte d’attente au crédit. À l’inverse, si le transfert de propriété n’intervient qu’à la réception, ces marchandises restent dans les stocks du fournisseur et ne doivent pas apparaître dans vos comptes.
La même logique s’applique pour les marchandises que vous expédiez à vos clients : selon le moment du transfert de risques et de propriété, elles peuvent encore figurer dans votre stock à la clôture ou être déjà sorties. Une lecture attentive des contrats commerciaux et des Incoterms est donc indispensable pour sécuriser vos écritures de stocks de marchandises, surtout si vous travaillez à l’international avec des délais de transport importants.
Gestion des retours clients et avoirs sur marchandises
Les retours clients et les avoirs sur marchandises compliquent parfois la lecture des flux de stock. Lorsqu’un client vous renvoie une marchandise vendue précédemment, vous devez à la fois traiter l’aspect commercial (émission d’un avoir) et l’aspect stock (réintégration éventuelle de la marchandise en 37). Sur le plan commercial, l’avoir se traduit par le débit du compte 709 “Rabais, remises et ristournes accordés par l’entreprise” ou 707 (en cas d’annulation pure et simple de la vente) et le crédit du compte 411 Client, en sens inverse de la facture initiale.
Sur le plan des stocks, si la marchandise retournée est en bon état et peut être remise en vente, elle doit être réintégrée en stock de marchandises à son coût d’achat. En inventaire permanent, cela donnera une écriture de débit du compte 37 et de crédit du compte 607 (ou d’un compte spécifique de correction de stock). Si la marchandise est inutilisable, elle ne revient pas en stock : vous constaterez alors une perte en charges, par exemple en 607 ou en 671 selon la nature et l’importance des montants.
Il est important d’organiser vos procédures pour bien tracer ces mouvements : formulaire de retour, bon de reprise, contrôle qualité à l’entrée, etc. Sans cette discipline, vous risquez de constater des avoirs sans gérer correctement les entrées ou destructions physiques, ce qui fausserait la valorisation de vos stocks de marchandises et votre marge commerciale.
Contrôle fiscal et traçabilité des mouvements de stocks
Les stocks de marchandises constituent un point de contrôle privilégié de l’administration fiscale, car ils impactent directement le résultat imposable. Une valorisation de stock trop élevée augmente le résultat d’un exercice (et donc l’impôt), mais peut aussi masquer des pertes ou des problèmes de gestion. À l’inverse, une sous‑évaluation artificielle du stock minore l’assiette fiscale : c’est pourquoi les vérificateurs portent une attention particulière aux écritures comptables des stocks de marchandises, aux méthodes d’évaluation et à la cohérence entre inventaires physiques et comptabilité.
Pour limiter les risques de redressement, la traçabilité des mouvements de stock est essentielle. Cela passe par des procédures écrites (réception, stockage, préparation, expédition, inventaire), des systèmes d’information fiables (ERP, logiciel de stock) et une documentation rigoureuse des ajustements : procès‑verbaux d’inventaire, justificatifs des destructions, rapports de casse ou de vol, calculs des provisions pour dépréciation. En cas de contrôle, être capable d’expliquer, point par point, l’évolution de votre compte 37 et de votre compte 6037 sera un atout majeur.
Posez‑vous une question simple : si un contrôleur vous demandait demain de justifier votre stock de marchandises à la clôture, seriez‑vous en mesure de remonter le fil des opérations (achats, ventes, pertes, dépréciations) sans difficulté ? Si la réponse est hésitante, il est probablement temps de renforcer vos procédures internes et de revoir, avec votre expert‑comptable, la façon dont vous organisez vos écritures de stocks de marchandises. Une comptabilité de stock bien tenue n’est pas seulement une obligation ; c’est aussi un levier puissant pour piloter votre activité et sécuriser durablement vos performances financières.