# Comment traiter la comptabilisation des frais de garantie d’emprunt ?

L’acquisition d’un bien immobilier ou le financement d’un projet professionnel s’accompagne généralement de la souscription d’un emprunt auprès d’un établissement bancaire. Pour sécuriser cette opération, les banques exigent systématiquement une garantie qui peut prendre différentes formes : caution bancaire, hypothèque conventionnelle ou privilège de prêteur de deniers. Ces mécanismes de sûreté génèrent des frais substantiels dont le traitement comptable soulève régulièrement des interrogations auprès des professionnels de la comptabilité et des chefs d’entreprise.

La question de la comptabilisation des frais de garantie d’emprunt revêt une importance particulière dans la mesure où elle impacte directement le résultat comptable de l’exercice et la présentation du bilan. Entre les commissions de cautionnement, les frais d’inscription hypothécaire et les primes d’assurance-garantie, les montants en jeu peuvent rapidement représenter plusieurs milliers d’euros. Selon les statistiques du secteur bancaire, ces frais oscillent généralement entre 0,5% et 2% du montant total emprunté, ce qui peut atteindre 4 000 € pour un prêt de 200 000 €.

Le traitement comptable de ces dépenses ne se limite pas à un simple enregistrement au moment du décaissement. Il nécessite une analyse approfondie de la nature juridique de chaque composante, une application rigoureuse des principes du Plan Comptable Général et une connaissance précise de la doctrine fiscale en vigueur. Les normes comptables prévoient différentes options d’enregistrement selon que l’entreprise privilégie une approche prudente ou souhaite étaler ces charges sur la durée du prêt.

Qualification comptable des frais de garantie selon le plan comptable général

Le Plan Comptable Général établit une distinction fondamentale entre les différents types de frais liés aux garanties d’emprunt. Cette classification détermine directement le compte comptable à utiliser et, par conséquent, l’impact sur les états financiers de l’entreprise. Comprendre cette taxonomie constitue le prérequis indispensable à toute comptabilisation correcte.

Distinction entre caution bancaire et hypothèque conventionnelle

La caution bancaire se caractérise par l’intervention d’un organisme tiers qui s’engage à rembourser la banque prêteuse en cas de défaillance de l’emprunteur. Contrairement à l’hypothèque qui porte directement sur un bien immobilier, la caution repose sur une garantie personnelle fournie par un établissement spécialisé comme Crédit Logement, la SOCAMA ou la Mutuelle Fonction Publique. Cette différence juridique fondamentale entraîne des conséquences comptables distinctes.

L’hypothèque conventionnelle, quant à elle, confère à la banque un droit réel sur le bien financé. Elle nécessite obligatoirement l’intervention d’un notaire et son inscription au service de publicité foncière. Les frais générés par cette procédure comprennent les émoluments du notaire, la taxe de publicité foncière et divers frais administratifs. En 2024, le coût total d’une hypothèque représente environ 1,5% à 2% du montant emprunté, contre 0,8% à 1,2% pour un cautionnement bancaire.

Compte 616 – primes d’assurance pour garantie emprunt

Le compte 616 « Primes d’assurance » intervient principalement lorsque la garantie prend la forme d’une assurance-crédit ou d’une

assurance-caution, souscrite spécifiquement pour couvrir le risque de non-paiement du prêt. C’est le cas, par exemple, de certains contrats d’assurance groupe qui garantissent à la banque le remboursement du capital restant dû en cas de défaillance de l’emprunteur, indépendamment de l’assurance décès-invalidité (ADI). Dans ce cas, la prime versée est comptabilisée au débit du compte 616, généralement dans un sous-compte dédié de type 6165 – Primes d’assurance-crédit ou de garantie financière, afin de la distinguer des autres assurances de l’entreprise.

Lorsque la prime d’assurance-garantie est payée en une seule fois pour toute la durée de l’emprunt, deux approches sont possibles. On peut la passer intégralement en charge de l’exercice au compte 616, ou bien l’étaler sur la durée du prêt en utilisant une charge constatée d’avance (compte 486) ou des charges à répartir (compte 481). Le choix dépend de l’importance du montant, du principe de spécialisation des exercices et de la politique comptable de l’entreprise. En pratique, un étalement est conseillé dès lors que la prime représente plusieurs milliers d’euros et couvre une période pluriannuelle.

Compte 627 – services bancaires et commissions sur caution

Les commissions versées aux organismes de cautionnement relèvent, sauf exception, du compte 627 – Services bancaires et assimilés. C’est notamment le cas des commissions facturées par Crédit Logement, la SOCAMA, Bpifrance Garantie ou encore certains établissements mutualistes. Ces frais correspondent à une prestation de service bancaire (analyse du dossier, prise en charge du risque, gestion du fonds de garantie) et non à une assurance au sens strict.

De façon opérationnelle, on ventile souvent ces frais dans un sous-compte spécifique, par exemple 6272 – Commissions et frais sur émission d’emprunts, afin de suivre précisément le coût de la garantie d’emprunt. Les montants prélevés directement sur le capital versé ou sur le compte bancaire de l’entreprise sont alors enregistrés en charge au moment du décaissement. Là encore, l’entreprise peut choisir d’étaler une commission de caution importante sur la durée du prêt via le compte 481, plutôt que de la comptabiliser en une seule fois au compte de résultat.

Il est important de distinguer, dans la comptabilisation des frais de garantie d’emprunt, la commission non récupérable (définitivement acquise à l’organisme de caution) de la participation à un fonds mutuel de garantie potentiellement récupérable en fin de prêt. La première relève du compte 627, la seconde d’un compte d’immobilisation financière de type 275, comme nous le verrons plus loin.

Traitement des frais d’inscription hypothécaire au compte 6226

Lorsque la garantie prend la forme d’une hypothèque conventionnelle ou d’un privilège de prêteur de deniers (PPD), les frais correspondants comprennent des droits d’enregistrement, des taxes de publicité foncière et des honoraires notariés. Sur le plan comptable, ces dépenses sont rattachées à la catégorie des honoraires et frais d’actes. Elles sont généralement comptabilisées au débit du compte 6226 – Honoraires ou, dans certains plans de comptes plus détaillés, du compte 6227 – Frais d’actes et de contentieux.

Une question revient souvent : doit-on intégrer ces frais d’inscription hypothécaire au coût d’acquisition de l’immobilisation financée (compte 21) ou les passer en charges externes au compte 6226 ? Le Plan Comptable Général admet, par analogie avec les frais d’actes d’acquisition, qu’ils puissent être portés au coût d’entrée du bien lorsqu’ils sont directement liés à son financement et représentent un montant significatif. En pratique, beaucoup d’entreprises les enregistrent cependant en charges externes pour préserver la simplicité de suivi et bénéficier d’une déduction immédiate.

Du point de vue fiscal, la doctrine accepte les deux traitements à condition qu’ils soient cohérents et documentés. Pour les immobilisations à forte valeur (immeubles de rapport, locaux industriels), intégrer ces frais d’hypothèque au coût d’entrée permet d’harmoniser la durée de consommation économique de la dépense avec celle du bien financé. Pour des prêts de montant plus modeste, une comptabilisation directe en 6226 reste toutefois parfaitement défendable.

Enregistrement comptable initial des frais de garantie lors de la souscription

Écriture de débit au compte de charges concerné

Lors de la mise en place d’un emprunt, la première étape consiste à enregistrer les frais de garantie au débit du compte de charges approprié. Le choix du compte dépend de la nature exacte du coût : 616 pour une prime d’assurance-garantie, 627 pour une commission de caution, 6226 (ou 6227) pour des frais d’actes hypothécaires. L’analyse fine du contrat de prêt et du décompte transmis par la banque est donc indispensable.

Concrètement, lorsque la banque facture ces frais sur facture distincte, l’écriture type sera la suivante : débit du compte de charge concerné pour le montant HT, débit du compte 44566 pour la TVA déductible éventuelle et crédit du compte 401 « Fournisseurs ». Si les frais sont directement prélevés sur le compte bancaire ou retenus sur le montant du prêt, on pourra, par simplification, créditer directement le compte 512 « Banque » ou le compte 164 « Emprunts » en cas de retenue sur le capital versé.

Vous hésitez entre passage direct en charges et étalement sur plusieurs exercices ? Posez-vous deux questions simples : la dépense est-elle significative au regard du montant du prêt, et produit-elle ses effets sur plusieurs exercices ? Si la réponse est oui, l’utilisation du compte 481 pour lisser l’impact sur le résultat mérite d’être envisagée, tout en restant optionnelle en PCG.

Comptabilisation de la TVA déductible sur frais de dossier

Les frais de garantie d’emprunt n’ouvrent pas tous droit à déduction de TVA. C’est un point de vigilance fréquent. Les commissions de caution bancaire et certains frais de dossier sont généralement soumis à TVA, alors que les taxes de publicité foncière et certains droits d’enregistrement ne le sont pas. Il convient donc de distinguer, ligne par ligne, les montants soumis à TVA de ceux qui en sont exonérés.

Lorsque la TVA est applicable, elle se comptabilise habituellement au débit du compte 44566 – TVA déductible sur autres biens et services. L’écriture complète pour une commission de caution facturée 1 200 € HT avec 20 % de TVA sera par exemple : débit du compte 6272 pour 1 200 €, débit du compte 44566 pour 240 € et crédit du compte 401 pour 1 440 €. Si la facture n’est pas encore parvenue à la clôture, on utilisera un compte 4081 « Fournisseurs – factures non parvenues » en contrepartie.

Pour les frais notariés liés à l’hypothèque, seule la partie « honoraires » du notaire est en principe soumise à TVA, les droits et taxes étant exclus du champ de la taxe. En pratique, le décompte du notaire ventile déjà les montants soumis et non soumis à TVA, ce qui facilite la comptabilisation. Une lecture attentive de ce document reste toutefois indispensable pour éviter d’enregistrer de la TVA déductible là où elle n’est pas autorisée.

Crédit au compte 512 – banque lors du décaissement

Lorsque les frais de garantie sont payés comptant, la contrepartie des charges et de la TVA déductible est le compte 512 – Banque. L’écriture la plus courante dans le journal de banque consiste à débiter les comptes de charges concernés (616, 6226, 627) et le compte 44566 pour la TVA, puis à créditer le compte 512 pour le montant total TTC prélevé.

Dans certains montages, la banque retient une partie des frais directement sur le capital versé (par exemple, un cautionnement prélevé sur les fonds débloqués). Dans ce cas, il convient de distinguer le montant brut de l’emprunt (crédit du 164), le montant des frais (débit des comptes de charges) et la trésorerie réellement encaissée (débit du 512 pour le « net perçu »). Cette approche permet de présenter au bilan un emprunt pour son montant nominal, même si une partie a servi immédiatement à régler des frais de garantie.

Lorsque les frais sont d’un montant substantiel et que l’entreprise décide de les étaler, on pourra, dès l’enregistrement initial, ventiler l’écriture entre la part immédiatement déductible et la part à comptabiliser en 481 « Charges à répartir ». Le décaissement reste toutefois systématiquement enregistré au crédit du 512, ce qui garantit une concordance parfaite avec les relevés bancaires.

Traitement spécifique du cautionnement crédit logement

Le cautionnement Crédit Logement illustre bien la dualité fréquente des frais de garantie d’emprunt : une part non récupérable, assimilable à une commission de service, et une part potentiellement restituable, correspondant à la contribution au Fonds Mutuel de Garantie (FMG). Sur le plan comptable, ces deux composantes doivent être distinguées pour refléter correctement la situation financière de l’entreprise.

La commission non récupérable se comptabilise en charge, généralement au compte 627 – Services bancaires et assimilés, ou plus précisément au 6272 – Commissions et frais sur émission d’emprunts. La contribution au FMG, qui peut être partiellement remboursée en fin de prêt (souvent entre 50 % et 75 %, sous réserve d’absence d’incidents de paiement), s’enregistre au débit du compte 275 – Dépôts et cautionnements versés. La contrepartie est le compte 512 si la somme est payée comptant, ou le compte 164 en cas de retenue sur le capital.

À l’échéance du prêt, lorsque Crédit Logement reverse une partie du FMG, on comptabilise un débit du compte 512 « Banque » et un crédit du compte 275 pour le montant restitué. Si, exceptionnellement, aucun remboursement n’intervient, la perte correspondante pourra être constatée en charges exceptionnelles (compte 6756 pour les exercices ouverts jusqu’en 2024, puis compte 667 pour les exercices ouverts à compter de 2025). Cette séparation entre commission et dépôt de garantie permet d’anticiper correctement la restitution future et de ne pas surévaluer les charges de l’exercice initial.

Amortissement et étalement des frais de garantie selon la doctrine fiscale

Application de l’article 39-1-2° du code général des impôts

L’article 39-1-2° du Code général des impôts (CGI) prévoit que certaines charges engagées à l’occasion de la souscription d’un emprunt, lorsqu’elles présentent le caractère de frais d’émission, peuvent être réparties sur la durée de l’emprunt. Cette règle, initialement pensée pour les émissions obligataires, a été étendue par la doctrine administrative à de nombreux frais accessoires liés aux financements : commissions de garantie, frais de dossier, commissions d’engagement, etc.

Concrètement, l’entreprise dispose d’une option : déduire ces frais immédiatement au titre de l’exercice de leur engagement, ou les étaler sur la durée de l’emprunt en appliquant un amortissement linéaire. La première option simplifie la comptabilité mais peut majorer fortement les charges de la première année. La seconde permet de lisser l’impact sur le résultat fiscal, au prix d’un suivi plus fin dans le temps.

Pour les frais de garantie d’emprunt significatifs (caution bancaire importante, frais de montage sur financement structuré, commissions d’arrangement), l’administration admet l’étalement dès lors que la dépense est directement rattachable au financement et qu’elle produit ses effets pendant toute la durée de l’emprunt. Il convient alors de formaliser ce choix dans la documentation comptable et de s’y tenir de manière constante, au nom du principe de permanence des méthodes.

Calcul du prorata temporis sur la durée de l’emprunt

L’étalement des frais de garantie d’emprunt s’effectue en pratique selon une méthode linéaire, au prorata temporis de la durée du prêt. Par exemple, une commission de garantie de 10 000 € liée à un emprunt de 5 ans donnera lieu à une charge annuelle de 2 000 €, sous réserve d’un ajustement la première et la dernière année en fonction des dates exactes de mise en place et d’extinction du financement.

Pour un découpage plus fin, certains groupes appliquent un prorata mensuel ou journalier, notamment lorsque les flux de trésorerie sont particulièrement sensibles. On peut ainsi calculer la charge à constater chaque exercice en fonction du nombre de jours de l’emprunt pendant la période : frais totaux × (nombre de jours de l’emprunt pendant l’exercice / nombre total de jours de la durée de l’emprunt). Cette approche reste proche de celle utilisée pour les intérêts courus non échus.

En pratique, la plupart des PME retiennent une méthode linéaire simple, cohérente avec le tableau d’amortissement de l’emprunt. La clé est de documenter le mode de calcul retenu (par exemple dans un mémo ou une note de travail) et de pouvoir le justifier en cas de contrôle. L’objectif est d’aboutir à une répartition rationnelle et systématique de la charge sur la durée d’utilisation du financement.

Utilisation du compte 481 – charges à répartir sur plusieurs exercices

Le support comptable de cet étalement est le compte 481 – Charges à répartir sur plusieurs exercices, plus précisément un sous-compte dédié de type 4816 – Frais d’émission d’emprunts ou 4818 – Autres charges à répartir. Au moment de la souscription du prêt, les frais de garantie destinés à être étalés sont portés au débit de ce compte 481, en contrepartie du crédit du compte 512 ou 401 selon le mode de règlement.

Ensuite, à chaque clôture, l’entreprise comptabilise une dotation correspondant à la fraction annuelle de la charge. L’écriture type est la suivante : débit du compte de charges approprié (6272, 616 ou 6226 selon la nature du frais) et crédit du compte 481 pour le montant à imputer sur l’exercice. Le solde du 481 diminue ainsi progressivement jusqu’à être entièrement soldé à l’échéance du prêt.

Ce mécanisme rapproche la logique comptable de celle d’un amortissement. On peut l’illustrer par une analogie : le compte 481 joue un rôle similaire à celui d’un « stock de charge » que l’on consomme au fil des exercices, à mesure que l’emprunt produit ses effets. Cette approche améliore la lisibilité du compte de résultat et évite de concentrer la totalité des frais de garantie d’emprunt sur la première année.

Régime fiscal des frais de garantie déductibles et non-déductibles

Sur le plan fiscal, les frais de garantie d’emprunt sont en principe intégralement déductibles du résultat imposable, dès lors qu’ils sont engagés dans l’intérêt de l’exploitation et qu’ils se rapportent à un financement professionnel. Il s’agit de charges financières ou de charges externes, au même titre que les intérêts d’emprunt ou les frais de dossier. L’entreprise peut donc les déduire soit immédiatement, soit de manière étalée si elle opte pour l’application de l’article 39-1-2° du CGI.

Quelques exceptions et limites doivent toutefois être signalées. D’abord, lorsque l’emprunt finance un actif non déductible fiscalement (par exemple un élément affecté à une activité partiellement exonérée), des retraitements peuvent être nécessaires. Ensuite, les règles générales de plafonnement des charges financières (dispositif de limitation des intérêts, « rabot » des charges financières nettes au-delà de 3 M€) peuvent, indirectement, affecter la déductibilité de certains frais accessoires si ceux-ci sont assimilés à des coûts d’emprunt.

En revanche, les dépôts de garantie récupérables (comme la participation au FMG de Crédit Logement ou certaines cautions restituables) ne constituent pas une charge déductible, mais une immobilisation financière inscrite en compte 275. Ils ne deviennent déductibles qu’en cas de perte définitive, par exemple lorsque la caution s’avère irrécupérable. Dans ce cas, la sortie de l’immobilisation financière est enregistrée en charges exceptionnelles, fiscalement déductibles sous réserve des règles de droit commun.

Particularités comptables selon le type d’organisme de cautionnement

Traitement des frais SOCAMA et mutualité fonction publique

Les cautionnements fournis par les réseaux SOCAMA (liés aux Banques Populaires) ou par la Mutuelle Fonction Publique (MFP) présentent une structure de frais proche de celle de Crédit Logement, avec souvent une part de commission et une part de participation à un fonds mutuel. Comptablement, la logique de traitement est donc similaire : distinguer la partie non remboursable (charge) de la partie éventuellement restituable (immobilisation financière).

Les commissions SOCAMA ou MFP, définitivement acquises à l’organisme, se comptabilisent au compte 627 – Services bancaires et assimilés, dans un sous-compte dédié si l’on souhaite un suivi plus fin par type de garantie. La participation au fonds mutuel, qui peut être récupérée partiellement en fin de prêt si aucun incident de paiement n’est intervenu, s’enregistre au compte 2755 – Cautionnements. La contrepartie est le compte 512 lors du décaissement, ou le compte 164 si la retenue est effectuée sur le capital.

En pratique, les attestations remises par la SOCAMA ou la MFP précisent la structure des sommes versées et le pourcentage de restitution théorique en fin de prêt. Il est recommandé de conserver ces documents avec les pièces comptables afin de pouvoir justifier, le moment venu, l’écriture de restitution (débit du 512, crédit du 2755) ou, le cas échéant, la constatation d’une perte en charges exceptionnelles si la caution s’avère définitivement perdue.

Comptabilisation spécifique de la garantie CNP assurances

La CNP Assurances intervient fréquemment comme assureur dans les montages de garantie d’emprunt, soit via une assurance emprunteur classique, soit via des dispositifs plus spécifiques d’assurance-crédit ou de garantie financière. Dans le premier cas (assurance décès-invalidité liée au prêt), les primes sont classiquement enregistrées au compte 616 – Primes d’assurance, avec une ventilation possible dans un sous-compte spécifique « assurance emprunt ».

Dans le second cas, lorsqu’il s’agit d’une garantie financière couvrant le risque de défaut de paiement et se substituant à une caution bancaire, la prime peut être analysée comme un frais de garantie d’emprunt de nature assurantielle. Elle relève alors toujours du compte 616, mais on veillera à la distinguer des autres assurances de l’entreprise pour assurer un bon suivi analytique. Si la prime est payée en une seule fois au démarrage de l’emprunt, on pourra, là aussi, envisager un étalement via le compte 481 lorsque le montant est important.

Contrairement aux fonds mutuels de garantie des organismes de caution, la prime versée à CNP Assurances n’a, en principe, pas de caractère récupérable. Elle constitue une charge définitive. Il n’y a donc pas lieu d’utiliser un compte de dépôt et cautionnement versé (275), sauf hypothèse très particulière d’un dispositif prévoyant une restitution partielle des cotisations, ce qui reste rare dans la pratique pour ce type de garantie.

Restitution partielle du fonds mutuel de garantie à l’échéance

La restitution partielle du fonds mutuel de garantie constitue un moment clé dans la vie de l’emprunt, souvent plusieurs années après la souscription. Sur le plan comptable, cette restitution se traduit par un encaissement (débit du compte 512) et une diminution de l’immobilisation financière correspondante (crédit du compte 275). Il n’y a pas, en principe, de produit à constater si le montant restitué est simplement égal à la valeur nette comptable de la créance.

En revanche, si l’organisme de caution restitue un montant inférieur à la somme initialement enregistrée au compte 275, l’écart constaté représente une perte de valeur. La différence est alors enregistrée en charges exceptionnelles (compte 6756 jusqu’à fin 2024, puis compte 667 à partir de 2025), ce qui traduit la perte partielle sur l’immobilisation financière. À l’inverse, si, de façon exceptionnelle, la restitution est supérieure au montant inscrit en comptabilité (par exemple à la suite d’une erreur de comptabilisation initiale), l’excédent serait enregistré en produit exceptionnel.

Pour bien anticiper cette étape, il est utile de tenir un tableau de suivi des dépôts de garantie par prêt, mentionnant la date de souscription, le montant initial, l’organisme de cautionnement, la date de fin de prêt théorique et le pourcentage de restitution annoncé. Ce suivi facilite la réconciliation des montants restitués avec les écritures du compte 275 et limite les risques d’écarts non expliqués lors des arrêtés de comptes.

Normes IFRS et retraitement des coûts de transaction en PCG modernisé

Dans les groupes appliquant les normes IFRS, le traitement des frais de garantie d’emprunt obéit à une logique différente de celle du PCG. Les IFRS considèrent en effet la plupart de ces frais comme des coûts de transaction à intégrer dans le calcul du coût amorti du passif financier. Concrètement, cela signifie que les frais directement attribuables à la mise en place de l’emprunt (commissions, frais de dossier, frais de garantie non récupérables) viennent diminuer le montant initialement comptabilisé de la dette, puis sont amortis via le taux d’intérêt effectif.

Cette approche se traduit par un enregistrement initial au débit d’un compte de dette (qui réduit son montant brut) et au crédit d’un compte de trésorerie ou de fournisseur, plutôt que par une constatation immédiate en charges. Les frais sont ensuite « récupérés » dans le temps par une augmentation des charges d’intérêts comptabilisées à chaque période. On aboutit ainsi à un taux d’intérêt effectif supérieur au taux nominal, reflétant le coût global du financement, frais de garantie inclus.

Pour les entités qui tiennent leur comptabilité en PCG mais souhaitent se rapprocher de cette logique, le recours au compte 481 pour étaler les frais de garantie d’emprunt constitue une solution intermédiaire. Certes, on ne modifie pas le montant de la dette comme en IFRS, mais on se rapproche de l’idée de répartir les coûts de transaction sur la durée du prêt. À mesure que le PCG se modernise, il n’est pas exclu que la doctrine française converge davantage vers cette présentation, notamment pour les grandes entreprises et les groupes internationaux.

Pour l’instant, toutefois, les règles du Plan Comptable Général offrent une certaine souplesse : passage immédiat en charges (616, 6226, 627), étalement via le compte 481 pour les montants significatifs, ou, pour les dépôts de garantie restituables, comptabilisation en 275 avec traitement ultérieur à l’échéance. À vous de choisir, en fonction de la taille de votre structure, de vos contraintes fiscales et de vos besoins de lisibilité, la méthode la plus adaptée à la comptabilisation de vos frais de garantie d’emprunt.